XY-LANDES - Jean-Guy Ubiergo
XY-LANDES
PLANS DE VOL SUR LA FORÊT DES LANDES


La volonté de lier une approche photographique à une démarche de prospective territoriale à une échelle aussi vaste que celle du Massif forestier des Landes, a nécessité dès l’origine une construction particulière du regard qui s’est notamment détachée de toute tentation de subjectivité. Il ne s’agit pas en effet de s’engager ici dans une esthétique du paysage, mais bien de le sonder, pour le donner à voir et à comprendre dans ses évolutions et dans ses enjeux. Dans ce contexte, la proposition photographique agit comme une lecture des tensions et des potentiels en jeu, comme un véritable outil de visualisation dynamique, mettant en avant les déterminants majeurs de la transformation du territoire forestier et de ses paysages.

Si cette approche photographique n’a rien d’une déambulation naïve du regard, c’est parce qu’elle mobilise une connaissance forte des dynamiques territoriales. Elle rejoint en cela l’attention que le géographe porte à la cartographie des frontières, des lignes de forces, des frictions et des appropriations qui façonnent ensemble les lieux stratégiques du territoire qui sont la cible de cette photographie. Il y a là une véritable perception dans la révélation des marqueurs qui font sens dans le paysage, des symptômes, des indices vecteurs d’une évolution présumée du territoire. Il en découle un repérage des lieux qui font sens comme un croisement de piste DFCI, une irrégularité des densités de pins, une fragmentation de l’espace forestier face aux besoins de l’agriculture, de l’urbanisme ou des loisirs...

L’acte photographique proposé ici relève d’une lecture concrète des enjeux, des émergences et des futurs possibles issus de la compréhension des recompositions stratégiques des territoires. Le lien évident avec la prospective territoriale est là, il engage une photographie qui bouscule nos représentations classiques du territoire et incite à la projection et à la visualisation d’espaces en devenir. En cela c’est un regard qui dialogue avec la recherche, qui se projette et qui interroge l’avenir. La singularité de cette approche photographique l’inscrit de fait dans une longue filiation avec l’image documentaire à l’exemple des travaux de la FSA (Farm Security Administration) ou encore des missions de la DATAR (80-85). Elle poursuit en cela les engagements de Gabriele Basilico, Jordi Bernado, Alex Maclean qui sont autant de photographes à valeur scientifique et démonstrative, interrogeant les modalités de spatialisation de nos sociétés dans leurs rapports aux questions urbanistiques et environnementales notamment.

Pour accéder à l’échelle même du paysage forestier des Landes, le choix de la photographie aérienne s’est révélé comme une prise de hauteur capitale. A ce niveau, la photographie n’est plus de l’arpentage de terrain mais devient alors du pilotage et ce n’est plus ici le seul regard du photographe qui compte mais aussi la préparation du plan de vol, le choix de l’altitude, celle des focales et de la vitesse. Merci pour tout cela à la précision du pilote et à la fiabilité incroyable de l’ULM. Ainsi, les prises de vue aériennes agissent comme des révélateurs de ce Massif forestier des Landes qui transcende à lui seul, par sa nature intrinsèque et par ses dimensions, toutes les approches classiques du paysage européen. En effet, cette forêt cultivée des Landes possède cette signature des grands espaces qui en fait aujourd’hui un lieu convoité à l’échelle de l’Europe. La spécificité de cette photographie aérienne est ici d’ouvrir sur de nouvelles représentations pour aiguiser la perception que les habitants peuvent avoir des évolutions en cours et ajouter en cela de l’intelligibilité aux ressentis de chacun.

En cela, ce regard photographique nous fait voir de l’espace, non pas comme un refuge dans les images du passé mais comme une envie de comprendre et de nous situer plus avant. Le sens donné à ce travail photographique dans ses relations étroites avec la prospective territoriale, est au final ce qu’il remet sans cesse en cause, à savoir cette relation de nos sociétés à l’espace et à l’environnement ... car c’est certainement ce sens que nous maîtrisons aujourd’hui le moins...





14 novembre 2014
jean-guy ubiergo





PLANS DE VOL SUR LA FORÊT DES LANDES


La volonté de lier une approche photographique à une démarche de prospective territoriale à une échelle aussi vaste que celle du Massif forestier des Landes, a nécessité dès l’origine une construction particulière du regard qui s’est notamment détachée de toute tentation de subjectivité. Il ne s’agit pas en effet de s’engager ici dans une esthétique du paysage, mais bien de le sonder, pour le donner à voir et à comprendre dans ses évolutions et dans ses enjeux. Dans ce contexte, la proposition photographique agit comme une lecture des tensions et des potentiels en jeu, comme un véritable outil de visualisation dynamique, mettant en avant les déterminants majeurs de la transformation du territoire forestier et de ses paysages.

Si cette approche photographique n’a rien d’une déambulation naïve du regard, c’est parce qu’elle mobilise une connaissance forte des dynamiques territoriales. Elle rejoint en cela l’attention que le géographe porte à la cartographie des frontières, des lignes de forces, des frictions et des appropriations qui façonnent ensemble les lieux stratégiques du territoire qui sont la cible de cette photographie. Il y a là une véritable perception dans la révélation des marqueurs qui font sens dans le paysage, des symptômes, des indices vecteurs d’une évolution présumée du territoire. Il en découle un repérage des lieux qui font sens comme un croisement de piste DFCI, une irrégularité des densités de pins, une fragmentation de l’espace forestier face aux besoins de l’agriculture, de l’urbanisme ou des loisirs...

L’acte photographique proposé ici relève d’une lecture concrète des enjeux, des émergences et des futurs possibles issus de la compréhension des recompositions stratégiques des territoires. Le lien évident avec la prospective territoriale est là, il engage une photographie qui bouscule nos représentations classiques du territoire et incite à la projection et à la visualisation d’espaces en devenir. En cela c’est un regard qui dialogue avec la recherche, qui se projette et qui interroge l’avenir. La singularité de cette approche photographique l’inscrit de fait dans une longue filiation avec l’image documentaire à l’exemple des travaux de la FSA (Farm Security Administration) ou encore des missions de la DATAR (80-85). Elle poursuit en cela les engagements de Gabriele Basilico, Jordi Bernado, Alex Maclean qui sont autant de photographes à valeur scientifique et démonstrative, interrogeant les modalités de spatialisation de nos sociétés dans leurs rapports aux questions urbanistiques et environnementales notamment.

Pour accéder à l’échelle même du paysage forestier des Landes, le choix de la photographie aérienne s’est révélé comme une prise de hauteur capitale. A ce niveau, la photographie n’est plus de l’arpentage de terrain mais devient alors du pilotage et ce n’est plus ici le seul regard du photographe qui compte mais aussi la préparation du plan de vol, le choix de l’altitude, celle des focales et de la vitesse. Merci pour tout cela à la précision du pilote et à la fiabilité incroyable de l’ULM. Ainsi, les prises de vue aériennes agissent comme des révélateurs de ce Massif forestier des Landes qui transcende à lui seul, par sa nature intrinsèque et par ses dimensions, toutes les approches classiques du paysage européen. En effet, cette forêt cultivée des Landes possède cette signature des grands espaces qui en fait aujourd’hui un lieu convoité à l’échelle de l’Europe. La spécificité de cette photographie aérienne est ici d’ouvrir sur de nouvelles représentations pour aiguiser la perception que les habitants peuvent avoir des évolutions en cours et ajouter en cela de l’intelligibilité aux ressentis de chacun.

En cela, ce regard photographique nous fait voir de l’espace, non pas comme un refuge dans les images du passé mais comme une envie de comprendre et de nous situer plus avant. Le sens donné à ce travail photographique dans ses relations étroites avec la prospective territoriale, est au final ce qu’il remet sans cesse en cause, à savoir cette relation de nos sociétés à l’espace et à l’environnement ... car c’est certainement ce sens que nous maîtrisons aujourd’hui le moins...





14 novembre 2014
jean-guy ubiergo




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